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  • En mode (re)découverte de cet équilibre qui m'est propre. J'aime chanter, le tai chi, lire, écrire, rire...apporter du bien être aux autres et profiter du quotidien.
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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 23:29
 Un peu tard et j'en suis désolé, voici pour changer un peu, un extrait des dialogues de bêtes de Colette. 
Kiki-la-doucette, chat, et Toby, chien, discutent...

LE PREMIER FEU

Parce qu'il pleut et que le vent d'octobre chasse dans
l'air les feuilles trempées, Elle a allumé dans la chemi-
née le premier feu de la saison. En extase, Kiki-la-Dou-
celle et Toby-Chien, couchés cote à côte au coin du
marbre tiède, s'éblouissent à contempler la flamme et
lui dédient des prières intérieures.

KIKI-LA-DOUCETTE, pareil à un coussin, sans pattes
apparentes.

Feu! te voici revenu, plus beau que mon
souvenir, plus cuisant et plus proche que le
soleil ! Feu ! que tu es splendide ! Par pudeur
je cache ma joie de te revoir, je ferme à demi
mes yeux où ta lumière amincit la prunelle,
et rien ne paraît sur ma figure où est peinte
l'image d'une pensée fauve et brune... Mon
ronron discret se perd dans ton crépitement.
Ne pétille pas trop, ne crache pas d'étincelles
sur ma fourrure, sois clément. Feu varié, que
je puisse t'adorer sans crainte...

TOBY-CHIEN, à moitié cuit, les yeux injectés, la
langue pendante.

Feu ! feu divin ! te revoici ! Je suis bien
jeune encore, mais je me souviens de ma ter-
reur respectueuse, la première fois que sa main,
à Elle, t'éveilla dans cette même cheminée. La
vue d'un dieu aussi mystérieux que toi a de
quoi frapper un chien-enfant, à peine sorti
de l'écurie maternelle. Feul je n'ai pas
perdu toute appréhension. Hiii! tu as craché
sur ma peau une chose piquante et rouge...
J'ai peur... Non, c'est fini.

Que tu es beau ! Ton centre plus rose darde
des lambeaux d'or, des jets vifs d'air bleu, une
fumée qui monte tordue et dessine d'étrang-es
apparences de bètes... Oh! que j'ai chaud!
Sois plus doux, Feu souverain, vois comme
ma truffe séchée se fendille et craque... Mes
oreilles ne flambent-elles point? Je t'adjure
d'une patte suppliante, je gémis d'une vo-
lupté insupportable... je n'en puis plus!...
(Il se retourne.) Ah ! rien n'est jamais bon tout
à fait. Sous la porte, la bise pince mes cuisses
nues. Tant pis ! que mon derrière gèle, pourvu
que je t'adore en face !

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commentaires

valdy 06/10/2011 12:32


J'ai lu votre réponse à Marlou, pour moi,ce sera pour longtemps encore "les Vrilles".
Amicalement,
Valdy


Moog 01/01/2012 11:23



oui, c'est un très beau texte. Les dialogues me sont plus proches parce que je les ai découverts très tôt


merci de votre passage



valdy 06/10/2011 12:29


Merci de mettre "les dialogues de bêtes" de Colette à l'honneur... Hélas, les caractères sont vraiment petits ....
Bonne journée,
Valdy


Moog 01/01/2012 11:23



oui, c'était ça ou de les recopier...



marlou 23/09/2011 19:30


Un beau rappel des plus beaux textes de Colette...
Merci
Bien amicalement


Moog 23/09/2011 20:37



aussi mon préféré, devant les vrilles de la vigne



Nounedeb 23/09/2011 11:21


Grand merci, Moog, pour nous rappeler Colette, la sensibilité au bour de sa plume.


Moog 23/09/2011 20:37



mais tu ne l'avais pas oubliée...et moi non plus