au jour le jour, se rendre disponible et réceptif à la beauté du monde qui nous entoure
Réveil au petit matin. Chocs de gouttes sur les feuilles, rivière qui coule dans la gouttière et dans les canalisations de la maison, nappes tombant sur les vitres que le vent décale par vagues à l'assaut...alors que le sommeil reflue doucement et que lentement, dans l'obscurité de la chambre, s'installe la pluie comme une présence
Debout, marchant dans le noir de l'appartement, de pièce en pièce la rencontrant, la poursuivant, la voilà répondant au chant des ventilations, ces voix si fortes qui s'imposent au détour d'une porte ouverte et qu'on cherche en vain, comme quelqu'un qui vous appelle de tres loin
Dehors, sous un ciel au pelage épais gris et blanc, partagé à grands traits, les arbres luisent, leurs feuilles couvertes de reflets irisés, leurs branches tendues vers le ciel. Dans le creux noueux au pied de l'orme, une flaque noire et brillante, immobile...
après la pluie
par les feuilles du bouleau
ébloui
tout autour, le temps semble suspendu. Le silence et la lumière éblouissante d'un jour gris, l'attente des arbres et des oiseaux de la pluie dont tout annonce le retour...
Et puis, soudain, derrière une saute de vent qui fait bruisser les marronniers recommencent à tomber les gouttes, d'abord isolées, puis en rafales, leur sifflement au travers des branches, leurs impacts sombres sur le trottoir clair
la pluie soudain
fait crépiter les feuilles
des marronniers
un chien noir s'avance, le museau bas, le poil trempé, laissant dans son sillage trainer l'odeur douceâtre de l'eau chauffée et saturée de poussière. Derrière la vitrine du bar de l'étoile, les visages au comptoir ont des teintes orangées. Puis la lumière revient sur le feuillage des sequoias, les voitures arrêtées au feu redémarrent, à l'horizon entre les amas poilus de nuage, pointe un bout de ciel presque blanc