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  • Moog
  • En mode (re)découverte de cet équilibre qui m'est propre. J'aime chanter, le tai chi, lire, écrire, rire...apporter du bien être aux autres et profiter du quotidien.
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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 22:14

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Epanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse

Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant

Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

 

________________

Je sais bien Pascale que ce n'est pas Jeudi, mais après tout il n'y a pas de jour pour la poésie, et ce soir j'étais plus dans un état d'esprit évoqué par Barbara

 

J'ai lu ce poème très jeune, et toutes les Histoires et Paroles, avec les chansons de Montand. A l'époque la rue de Siam, la guerre, la reconstruction, et l'amour ne me disaient rien, j'aimais beaucoup la musique des mots et la chanson mais je n'y voyais rien

 

et puis un jour, après avoir visité Brest, après avoir été amoureux, après avoir appris les villes rasées à 95%, et lu autour des horreurs de la guerre, un jour, le poème s'est ouvert comme un parapluie, comme une porte

 

Prévert est ainsi, il trace des portes sur les murs avec des mots de tous les jours, et parfois, un jour, elles s'ouvrent, et c'est un monde entier qu'on découvre

 

Depuis, chaque fois que je relis Barbara j'y trouve quelque chose de nouveau, quelque chose de plus à dire sur le temps qui passe, l'amour qui s'en va, et les souvenirs qui seuls évoquent les paysages, les endroits, les instants éparpillés par le vent

 

Profitez-en bien

 

Moog


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commentaires

Nounedeb 01/02/2011 15:01


Salut Moog. Tu parles bien de ce beau et poignant poème. Prévert toujours présent.


Moog 01/02/2011 22:06



Salut Anne; oui, celui-là est un peu spécial, toutes les lectures que j'en ai faites se superposent sans se détruire ;-)